Gingivite, tartre et déchaussement des dents

Certaines des bactéries qui composent la plaque dentaire peuvent être à l’origine d’affections qui peuvent toucher soit les dents, soit les tissus de soutien des dents. Les maladies parodontales, que l’on appelle communément les « déchaussements des dents », ne vont donc pas s’attaquer directement aux dents mais aux tissus qui les entourent (gencive, ligament parodontal, os), même si la dent est parfaitement saine.

L’accumulation de plaque dentaire qui contient des bactéries  entraîne, dans un premier temps, l’apparition d’inflammations au niveau de la gencive : c’est la gingivite. Cela se traduit par des gencives rouges et gonflées qui peuvent saigner facilement au brossage voire spontanément. Une gingivite installée n’est pas forcément douloureuse mais elle ne peut guérir sans un traitement adéquat. En effet, à côté de l’origine bactérienne, de nombreux facteurs aggravants peuvent amplifier la gingivite. En premier lieu, le tartre qui irrite les tissus gingivaux, rend plus difficile l’élimination de la plaque par le brossage et représente des niches écologiques favorables au développement de bactéries pathogènes et ce aux dépens des bactéries «normales» de la plaque.

Il existe également d’autres facteurs de risque tels que le tabac, le stress, le diabète ou les antécédents familiaux de maladie parodontale. Contrairement aux maladies carieuses, l’excès de sucreries (bonbons, sodas) a peu d’impact sur les maladies parodontales.

Optimisation du brossage

Les gingivites sont des affections qui touchent une grande partie de la population et qui sont souvent négligées. Pourtant leur traitement est simple et principalement basé sur une optimisation du contrôle de plaque par le brossage. Pour cela, la première chose est de respecter le temps et la fréquence des brossages. S’il est aujourd’hui admis par tous qu’un brossage deux à trois fois par jour est la règle pour maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire, le temps de brossage est souvent trop court pour permettre une élimination rigoureuse de la plaque, surtout dans les zones difficiles d’accès telles que les molaires ou les faces internes des dents. Les deux minutes de brossage peuvent paraître longues (et on en est souvent loin avec un temps de brossage moyen qui est plus proche de la minute), mais elles sont nécessaires si l’on veut se situer dans une optique de prévention des risques carieux et parodontaux.

Un matériel adapté (brosse souple ou brosse électrique complétée par l’utilisation de révélateur de plaque et de fil dentaire) associé à une technique de brossage adaptée enseignée par votre dentiste, permet d’éliminer la plaque tout en respectant la gencive. De même, une ou plusieurs séances de détartrage peuvent être nécessaires pour éliminer soigneusement le tartre qui s’installe autour et entre les dents. En quelques jours, les gencives seront moins rouges et moins sensibles et les saignements disparaîtront, à condition bien sûr de maintenir un brossage soigneux. Des détartrages réguliers, à raison d’une ou deux fois par an, sont également nécessaires pour maintenir les résultats à long terme et permettent au praticien de faire le bilan, de donner les conseils adéquats et de prévenir tout risque de récidive.

Si la gingivite s’installe durablement, l’inflammation, jusqu’alors limitée à la gencive, peut atteindre les tissus profonds de soutien de la dent et entraîner une destruction irréversible d’une partie de l’os et de l’attache qui maintiennent la dent dans la bouche. Il s’agit d’une parodontite qui, si elle n’est pas traitée, aboutira à la perte des dents. La vitesse d’évolution de la maladie sera très variable d’un patient à l’autre en fonction de la forme de la maladie (parodontite agressive ou chronique) et de son étendue (localisée ou généralisée). L’âge moyen de survenue se situe autour de la quarantaine mais pourra être plus précoce dans les formes agressives où le potentiel de destruction est beaucoup plus important. Cliniquement, cela se traduit par une inflammation des gencives (même si elle peut être masquée chez les fumeurs), une rétraction des gencives laissant apparaître les racines dentaires, une ouverture de trous noirs entre les dents ou par des modifications de la position des dents. Des abcès et une mobilité des dents peuvent également survenir et ils sont souvent corrélés à une destruction importante des tissus de soutien.

Le traitement des parodontites est beaucoup plus complexe que celui des gingivites. Il faut dans un premier temps stopper l’infection par des traitements locaux (détartrages, surfaçages radiculaires voire des chirurgies parodontales en cas de lésions avancées et sévères) associés à un contrôle de plaque qui doit être très performant (avec utilisation systématique de brossettes interdentaires ou de fils en complément de la brosse).

Le traitement des parodontites ne permet pas de récupérer l’os détruit par la maladie mais uniquement de stopper l’évolution et renforcer les tissus de soutien encore présents. Il est donc impératif de traiter les parodontites à des stades précoces, au moment où les destructions sont encore modérées afin de préserver durablement le capital osseux des dents et ainsi assurer leur maintien durable en bouche. Une fois l’infection parodontale contrôlée, il faudra réparer les séquelles esthétiques et fonctionnelles et cela fait souvent appel à des traitements prothétiques et orthodontiques. Un suivi très régulier, tous les trois ou six mois, sera ensuite nécessaire, à vie, afin de maintenir les résultats obtenus et éviter les récidives.

Dans une logique de prévention, il serait impératif que chaque adulte fasse un bilan parodontal (examen clinique avec sondage parodontal et bilan radiologique) afin d’évaluer son «risque parodontal». Ce risque est propre à chaque patient et dépend de sa susceptibilité aux maladies parodontales et des différents facteurs de risque qu’il présente (tabac, diabète, stress, facteurs hormonaux, etc.). Chez un patient avec un risque élevé de maladie parodontale, une forte consommation tabagique représente un facteur aggravant majeur et incontrôlable qui est incompatible avec un succès du traitement. Le sevrage tabagique est indispensable.

Les saignements des gencives et les «déchaussements» ne sont pas une fatalité et ils peuvent parfaitement être traités par votre dentiste ou un parodontiste vers lequel votre dentiste vous dirigera s’il le juge nécessaire.

Les dents et leur tissu de soutien sont un capital précieux dont il faut prendre soin car ils font partie intégrante de la santé du reste de votre corps. Il est aujourd’hui reconnu que les maladies parodontales non traitées représentent un facteur de risque important d’accouchements prématurés de bébés de faible poids chez les femmes, ou d’augmentation du risque de maladies cardio-vasculaires.